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eBooks ou le calvaire des DRM

12 octobre 2007

Vous venez de faire l’acquisition d’un reader et vous souhaitez donc le nourrir de contenu. Vous allez forcément commencer par lui apporter du contenu gratuit, c’est le plus facile mais c’est aussi le choix le plus important. En effet, il existe de nombreux sites (voir liste dans la colonne de droite) proposant (et ce légalement) des livrels téléchargeables gratuitement. Celà est possible car après un certain temps (70 ans pour la France), les oeuvres littéraires tombent dans le domaine public et sont donc exploitables sans avoir à rétribuer son auteur ou ses ayants droits.

Mais il arrivera probablement un moment où vous souhaiterez acheter un document électronique, comme un roman sorti récemment. Et là, vous risquez d’être déçu…
En effet, et notamment en France, il y a finallement très peu de romans sortant sous forme numérique. La majorité des livres disponibles sont édités par de petites maisons d’édition (ce qui n’enlève rien à leur qualité), les grands éditeurs nationaux y sont frileux. Les raisons sont multiples. On peut citer par exemple la faible pénétration d’appareils permettant la lecture de ces livres, la peur de ne plus contrôler la diffusion (le piratage étant possible), pas de format standard (ou pas assez mature) et pas de solution DRM (verrous électroniques) universelle.

Les DRM sont censés protéger l’oeuvre du piratage et ce, afin de permettre la rétribution des ayants droits. Si l’idée est logique voire nécessaire pour soutenir la création, la méthode est non seulement faillible mais pire, elle contraint l’acheteur à posséder le matériel adéquat (c’est-à-dire un lecteur prenant en charge le format électronique choisi ainsi que sa solution DRM). Par ailleurs, si vous êtes dans ce cas là et qu’un jour vous changez d’appareil, il se peut qu’il ne soit plus compatible ou que vous n’ayez pas le droit de le transférer sur un autre appareil (malgré sa compatibilité). Enfin, si l’éditeur signe un contrat d’exclusivité avec un distributeur, il est possible que vous ne puissiez pas acheter le roman tant désiré.

Trois solutions se présentent alors à vous :
- soit vous achetez la version papier (ce qui n’est pas désagréable mais vous vous sentez un peu délaissé avec votre machine),
- soit vous trouvez un moyen de pirater le fichier acheté légalement dans un autre format (ce n’est pas forcément réalisable, mais pas forcément irréalisable),
- soit ne voulant effectuer ni la première opération ni la seconde (car vous ne savez/voulez/pouvez pas faire), vous téléchargez quelque part le fichier directement piraté.

Cette dernière solution, bien qu’illégale, peut paraître l’unique alternative si vous voulez une version numérique de l’ouvrage. C’est donc un manque à gagner pour l’éditeur puisque vous étiez prêt à payer pour ce livre, c’est aussi une frustration pour l’acheteur honnête qui a acheté sa version numérique et qu’il ne peut utiliser facilement. Il est assez navrant de voir qu’il est plus simple de pirater que d’acheter une oeuvre légalement.

Il est bien évident qu’un fichier sans DRM sera piraté, c’est dans l’air du temps et malgré toutes les mesures présentes et à venir, je crois que nous n’y pourront rien. Cependant, ne vaut-il mieux pas en profiter pour vendre des exemplaires légalement ? Le modèle économique de la culture sur support numérique est à revoir et à repenser. Dans le domaine de la musique et du format MP3, Amazon, avec certains éditeurs a sauté le pas. Il est à parier que ce sera un succès. Cela n’empêchera pas le piratage qui de toute façon est là malgré les DRM. Par contre, il permettra à la personne qui peut et qui veut payer, de le faire sans être bridée de tous les côtés quant à l’utilisation de son fichier.

Le sans DRM est donc la voie royale pour le développement du eBook malgré les copies pirates diffusées en nombre. Par ailleurs, les DRM sont donc gérés par la société qui vous vend le livrel. Si demain elle fait faillite, ou s’il y a un problème technique sur leur serveur (comme ce fut le cas pendant plusieurs jours chez Mobipocket l’été dernier), vous pouvez vous retrouver avec un contenu inutilisable alors que vous l’avez acheté.
On pourrait également imaginer des fichiers signés numériquement, indiquant à qui ils ont été vendu, sans les crypter. L’avantage serait donc de pouvoir lire son livrel sur une grande majorité d’appareils tout en limitant le piratage. En effet, si votre nom apparaît d’une manière ou d’une autre dans le fichier, vous serez peut-être plus réticent à le mettre en partage sur les réseaux P2P.

Une autre solution, moins intéressante mais toujours plus compatible, serait l’utilisation du format epub, standard pour l’édition électronique défini par l’IDPF. Cela impliquerait aussi que tous les matériels soient capables de lire ce format et ne résout pas le problème des DRM tant qu’il n’est pas fait le choix d’un standard en la matière.

Autre point à part mais non négligeable, que deviennent alors les libraires classiques ? Certes ils sont déjà mal en point, même si le livre n’est pas prêt de disparaître. Et pourtant, avec les DRM, cela ajoute un poids supplémentaire. En effet, l’édition numérique avec DRM ne laisse place qu’à quelques acteurs qui d’une certaine façon, verrouillent également le réseau de vente…